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Synthèse - août 2026 · édition revue
Document stratégique rare · Frères musulmans

Le « Projet » des Frères musulmans (1982)

Emblème des Frères musulmans : Coran et sabres croisés sous le verset coranique 8:60 « وَأَعِدُّوا » (Et préparez)
Vers une stratégie mondiale pour la politique islamique - Points de départ, éléments, procédures et missions
RéférenceRapport S/5/100 - 1er décembre 1982 Format14 pages manuscrites en arabe, non signées, sans mention d'auteur ni d'instance adoptante. OrigineSaisi le 7 novembre 2001 lors de l'opération « Lago », menée par le Ministère public de la Confédération suisse sur la banque Al-Taqwa en coordination avec l'Italie et le Liechtenstein. Trois sites perquisitionnés : le siège de Lugano, les villas de Campione d'Italia et un domicile près de Berne. 1re publicationSylvain Besson, La conquête de l'Occident : le projet secret des islamistes, Paris, Le Seuil, 2005, pp. 193-205.
Le « Projet » compte parmi les très rares pièces internes connues qui formulent par écrit une stratégie globale attribuée à la mouvance des Frères musulmans - mouvance qui doit précisément à sa culture du secret organisationnel l'absence quasi totale de documents de cette nature. Il énonce, en douze « points de départ » déclinés en éléments, procédures et missions suggérées, une feuille de route mondiale articulant méthode scientifique, action institutionnelle, alliances tactiques, da'wa, jihad et cause palestinienne.

Le document a été saisi par la justice suisse en 2001, publié par un journaliste en 2005, puis repris par des militants à partir de 2006. Chacune de ces étapes a laissé sa marque sur ce qu'on en dit aujourd'hui. La controverse porte tantôt sur sa portée, tantôt sur son authenticité. Cette édition retrace d'abord cette histoire, puis donne le texte, pour que le lecteur distingue ce que le document établit de ce qu'on lui fait dire.

LECTURE CERIF La typologie en quatre axes présentée plus bas est une grille de lecture du CERIF, élaborée pour faire apparaître l'architecture stratégique du document. Elle n'est pas formulée comme telle dans le rapport source, qui présente les douze points sur un plan unique.
Page 1 du rapport S/5/100 en arabe, daté du 1er décembre 1982, document attribué à l'organisation internationale des Frères musulmans
Original arabe Rapport S/5/100, page 1
1er décembre 1982
Genèse, publication, contestation
1 La saisie (7 novembre 2001)

Le Ministère public de la Confédération ouvre une enquête contre inconnu le 15 septembre 2001, quatre jours après les attentats. Il l'étend le 24 octobre à deux dirigeants de la société financière Nada Management Organization SA, anciennement Al-Taqwa, établie à Lugano. Le 7 novembre 2001, le président Bush annonce le blocage des avoirs de soixante-deux personnes et entités liées aux réseaux Al-Barakaat et Al-Taqwa, en application du décret 13224. Le même jour, la Suisse déclenche l'opération « Lago ».

Cette opération, coordonnée avec l'Italie et le Liechtenstein, vise trois types de lieux :

  • Lugano (Tessin, Suisse)Le siège d'Al-Taqwa. La police fédérale place la société sous séquestre et emporte des fourgons entiers d'archives.
  • Campione d'ItaliaLes villas de Youssef Nada, banquier italo-égyptien né à Alexandrie en 1931, et d'Ali Ghaleb Himmat. Campione étant une enclave italienne enclavée dans le Tessin, la fouille y est conduite par les carabiniers italiens, tandis que Nada est entendu par le procureur de la Confédération.
  • Région de BerneLe domicile d'Albert dit Ahmed Huber, converti suisse siégeant au conseil d'administration.

Plusieurs tonnes de documents sont saisies ; leur dépouillement prendra des mois. Parmi eux, un texte de quatorze pages en arabe, daté du 1er décembre 1982 et référencé S/5/100, intitulé « Vers une stratégie mondiale pour la politique islamique ». La même opération livrera un second document, dit « Stratégie financière », notes manuscrites datées de 1403 de l'Hégire (1983) et signées de deux pseudonymes. Al-Taqwa est liquidée le 31 décembre 2001.

Nada a reconnu publiquement, notamment sur Al-Jazeera en août 2002, avoir été délégué aux relations internationales du Tanzim al-dawli, l'organisation internationale de la confrérie. Il a constamment démenti tout lien avec le terrorisme.

2 La publication par Sylvain Besson (2005)

Sylvain Besson, alors journaliste au quotidien genèvois Le Temps - titre généraliste de référence en Suisse romande, sans affiliation partisane établie -, obtient le document dans le cadre d'une enquête menée plusieurs mois en Europe et aux États-Unis, adossée aux procédures judiciaires ouvertes après le 11 septembre. Il en publie la traduction française intégrale en annexe de La conquête de l'Occident : le projet secret des islamistes (Le Seuil, en librairie le 7 octobre 2005, pp. 193-205), accompagnée d'un article de synthèse dans Le Temps. C'est la seule édition française du texte, et la référence pour le monde francophone. C'est également Besson qui impose l'appellation « Le Projet » : l'original ne porte pas ce titre, mais le seul intitulé « Vers une stratégie mondiale pour la politique islamique ».

Dans son article du 6 octobre 2005, la veille de la sortie du livre, Besson pose d'emblée ce qui restera au cœur du débat : l'identité de l'auteur demeure inconnue. Il rapporte surtout que Nada a tenu deux discours successifs. Devant les enquêteurs suisses, il s'est borné à dire qu'il n'avait pas écrit ce texte. Approché à plusieurs reprises par le journal, il a fini par l'attribuer à des « chercheurs islamiques », tout en niant qu'il exprime une position officielle des Frères musulmans et en précisant n'en approuver que 15 à 20 %. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il l'avait gardé chez lui près de vingt ans, il répond qu'il n'en sait rien et qu'il aurait dû s'en débarrasser.

Ces deux réponses pèsent lourd : on ne chiffre pas son accord avec un faux. En répondant ainsi, Nada reconnaît implicitement que le document est authentique. Le débat ne porte donc plus que sur sa portée.

3 La circulation internationale (2005-2006)

Le document emprunte ensuite deux canaux distincts. Un texte arabe est publié par l'hebdomadaire cairote Al-Mussawar - les sources divergent sur la date, novembre 2005 pour les unes, 2006 pour les autres - et alimente les reprises arabophones. Ce titre est propriété de l'État égyptien depuis 1960 et sa direction est nommée par le pouvoir : la publication intervient alors que le régime de Hosni Moubarak est en confrontation ouverte avec la confrérie, qui vient de remporter quatre-vingt-huit sièges aux législatives.

En parallèle, en décembre 2005, Scott Burgess publie une traduction anglaise en feuilleton sur The Daily Ablution, blog britannique de sensibilité conservatrice connu pour ses polémiques contre le Guardian. Le 20 février 2006, Olivier Guitta lui consacre quelques lignes dans « The Cartoon Jihad », article du Weekly Standard - hebdomadaire américain néoconservateur - portant sur la crise des caricatures danoises : la première mention du document dans un titre anglophone établi est donc incidente, au détour d'un sujet d'actualité. Guitta y cite un responsable américain du contre-terrorisme ayant échangé avec Besson sur la pièce, Juan Zarate, alors en charge de ces questions à la Maison-Blanche. Le 11 mai 2006, Patrick Poole reprend l'intégralité de la traduction Burgess dans FrontPage Magazine, publication américaine de droite fondée par David Horowitz. Le texte passe ensuite dans les archives de l'Investigative Project on Terrorism, structure de veille fondée par le journaliste américain Steven Emerson, puis dans l'ensemble de la littérature anglophone.

En France, l'expression ne s'installe durablement que quatorze ans après Besson, avec la parution le 20 novembre 2019 de Le Projet. La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, d'Alexandre Del Valle, géopoliticien et essayiste franco-italien, et d'Emmanuel Razavi, grand reporter franco-iranien collaborateur du Figaro Magazine, de Paris Match et de Valeurs actuelles (L'Artilleur, 560 p.). L'ouvrage emprunte son titre au document de 1982, qu'il place à l'ouverture de son enquête. Il défend une thèse qui n'est pas celle du complot : pour ses auteurs, les objectifs et la stratégie de la confrérie ne sont pas dissimulés, tout étant écrit dans ses textes de référence et assumé par ses responsables.

4 Le sort judiciaire : ce que le document a fait, et n'a pas fait

Le « Projet » a été saisi dans une procédure pénale, mais n'a jamais été produit à titre de preuve dans un procès. Aucune juridiction ne s'est prononcée sur son auteur, sa portée ni son statut. L'enquête suisse dans laquelle il a été recueilli s'est enlisée : le 27 avril 2005, le Tribunal pénal fédéral juge la description des faits reprochés totalement rudimentaire, relève qu'aucune transaction précise n'a pu être imputée à Nada, et somme le Ministère public de trancher avant la fin du mois de mai. La procédure est classée le 31 mai 2005, décision annoncée le lendemain par le procureur fédéral suppléant Claude Nicati. Les comptes bloqués sont libérés et les frais d'enquête mis à la charge de la Confédération. Cette décision portait sur le financement du terrorisme, non sur l'authenticité des pièces saisies : les deux questions sont distinctes et ont été constamment confondues depuis.

La suite judiciaire concerne la personne de Nada, non le document : radiation de la liste des sanctions de l'ONU en 2009, radiation des entités Al-Taqwa le 2 août 2010, puis arrêt de Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'homme, Nada c. Suisse, 12 septembre 2012 (req. n° 10593/08), constatant une violation des articles 8 et 13 de la Convention du fait de la mise en œuvre suisse des sanctions. Youssef Nada est mort le 22 décembre 2024, sans avoir jamais ni reconnu la paternité du texte ni contesté son existence.

À défaut d'usage juridictionnel, le « Projet » a connu un usage institutionnel et parlementaire : il est cité dans la littérature de think tanks (ISGAP, GW Program on Extremism, Policy Exchange, Hudson) et figure dans des documents déposés devant des commissions législatives, notamment aux États-Unis.

5 Qui conteste, et quoi exactement

La contestation ne porte pas sur un objet unique. Elle se déploie sur quatre niveaux.

Niveau 1 Authenticité matérielle
La pièce provient d'une saisie judiciaire documentée et figure au dossier suisse. Youssef Nada l'a combattue vingt ans durant sur quatre registres : il n'en est pas l'auteur ; le texte ne se réclame nulle part de la confrérie ; l'appellation « Le Projet » n'est pas la sienne ; et sa présence à son domicile ne prouve rien, tant il recevait d'écrits de toutes provenances. Il a parlé de diffamation ciblée. Mais il n'a jamais soutenu qu'il s'agissait d'un faux, et a déclaré en 2005 n'en approuver que 15 à 20 %. Sa défense revient à dire que la pièce est authentique mais insignifiante : c'est une objection de portée, non de matérialité. Aucune instance de la confrérie n'a davantage crié au faux. Ce niveau n'est pas contesté.
Niveau 2 Paternité et statut d'adoption
Le texte est anonyme et non signé, et - point qu'il faut concéder sans détour - il ne se réclame à aucun moment des Frères musulmans : son rattachement à la confrérie repose sur le lieu de la saisie et sur la qualité de son détenteur, non sur une mention interne. Ce silence n'a toutefois rien de surprenant s'agissant d'une organisation cultivant le secret, interdite en Égypte depuis 1954 et écrasée en Syrie l'année même où le texte est daté : un document stratégique interne ni signé ni attribué est ici la règle, non l'exception. L'argument neutralise l'objection sans pour autant établir l'attribution. Sa date coïncide toutefois avec deux événements de 1982 : le massacre de Hama en février et la constitution formelle du Tanzim al-dawli, l'organisation internationale, en juillet.
Niveau 3 Portée représentative
Le document engage-t-il la mouvance dans son ensemble, ou reflète-t-il la réflexion d'un cercle restreint ? Les sceptiques rappellent à juste titre que l'expérience centralisatrice du Tanzim al-dawli a largement échoué dans les années suivantes, ce que relève notamment Lorenzo Vidino. C'est ici que se situe le débat scientifique légitime.
Niveau 4 Requalification en théorie du complot
La première critique construite paraît le 8 décembre 2005 sur Crooked Timber, sous la plume de l'économiste britannique Daniel Davies, en réaction à la traduction de Burgess. Ce blog collectif, fondé en juillet 2003 par le philosophe politique Chris Bertram (Bristol), réunit une quinzaine d'universitaires anglophones situés à gauche - philosophes analytiques, théoriciens politiques, sociologues, économistes. Aucun spécialiste de l'islam n'y a jamais figuré, et Davies lui-même était analyste financier. Elle procède en quatre temps : un faux ne ressemble jamais à un faux, et les Protocoles des Sages de Sion parurent longtemps crédibles ; un document authentique ne prouve pas l'existence d'un complot ; une déclaration d'intention générale n'est pas un plan opérationnel ; enfin, si le texte recoupe les écrits déjà publiés d'un théologien frériste connu, ce peut être l'indice d'une compilation tardive plutôt que d'une stratégie partagée. Davies termine par un argument moral : publier ce texte ne serait pas un travail neutre, mais une façon de désigner des suspects au sein d'une minorité. Il ne dit donc pas que le document est faux. Il dit qu'il ne faut pas s'en servir. En France et en Belgique, le résultat est le même, obtenu autrement : le document n'est pas réfuté, il est ignoré.

Trois remarques s'imposent en retour. D'abord, l'analogie avec les Protocoles est rhétoriquement efficace mais logiquement vide : elle vaudrait contre n'importe quelle pièce d'archive, puisqu'elle revient à dire qu'aucune provenance ne saurait jamais rien établir. Ensuite, l'hypothèse de la compilation n'est pas incompatible avec l'authenticité : un document de synthèse interne agrège par construction des matériaux existants, et les convergences relevées par Besson comme par Burgess avec Les priorités du mouvement islamique dans la phase à venir de Youssef al-Qaradawi (1990) plaident pour une grammaire stratégique partagée autant que pour un faux. Enfin, la critique de 2005 comporte des erreurs sur son objet : elle qualifie les Frères musulmans de wahhabites, ce qu'ils ne sont pas et n'ont jamais été. Cette approximation n'a rien de surprenant au vu de la composition du blog : la critique n'avait aucune autorité disciplinaire sur son objet.

6 Chronologie
  • Février - juillet 1982Massacre de Hama en Syrie. Constitution formelle du Tanzim al-dawli, organisation internationale de la confrérie, le 29 juillet.
  • 1er décembre 1982Date portée sur le rapport S/5/100, « Vers une stratégie mondiale pour la politique islamique ».
  • 1988Création de la banque Al-Taqwa, dont Youssef Nada assure la présidence.
  • 15 septembre 2001Ouverture de l'enquête du Ministère public de la Confédération ; extension le 24 octobre à deux dirigeants de Nada Management.
  • 7 novembre 2001Blocage des avoirs d'Al-Taqwa par Washington. Opération « Lago » : perquisitions à Lugano, Campione d'Italia et près de Berne. Le document est saisi.
  • 31 décembre 2001Liquidation d'Al-Taqwa.
  • 27 avril 2005Le Tribunal pénal fédéral juge l'enquête enlisée et impose au Ministère public de trancher.
  • 31 mai 2005Classement de la procédure, annoncé le 1er juin. Comptes libérés, frais à la charge de la Confédération.
  • 6 - 7 octobre 2005Article de Sylvain Besson dans Le Temps, puis parution de La conquête de l'Occident : première édition intégrale du texte, en français.
  • Décembre 2005Traduction anglaise de Scott Burgess, établie à partir du texte français. Le 8 décembre, première critique construite, par Daniel Davies sur Crooked Timber.
  • 2005 ou 2006Publication d'un texte arabe par Al-Mussawar au Caire. Les sources divergent sur la date exacte.
  • Mai 2006Reprise intégrale par Patrick Poole dans FrontPage Magazine : début de la circulation militante anglophone.
  • 2009 - 2010Radiation de Nada des listes de sanctions de l'ONU, puis des entités Al-Taqwa le 2 août 2010.
  • 12 septembre 2012Arrêt Nada c. Suisse de la Grande Chambre de la CEDH : violation des articles 8 et 13.
  • 20 novembre 2019Parution de Le Projet d'Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi (L'Artilleur) : l'appellation s'installe dans le débat français.
  • 22 décembre 2024Mort de Youssef Nada, dernier témoin direct de la saisie.
  • 2025 - 2026Retour du document dans le débat institutionnel européen et nord-américain, dans le sillage des travaux parlementaires sur le frérisme.
7 Architecture stratégique du texte retrouvé - lecture en 4 axes
AXE I
Méthode & discipline doctrinale
Points 1 · 2 · 12
Connaissance du terrain, sérieux du travail, autocritique permanente.
AXE II
Articulation global / local
Points 3 · 6 · 7
Engagement mondial, coopération inter-islamique, alliances tactiques.
AXE III
Conquête institutionnelle
Points 4 · 5 · 8
Pénétration des institutions, État islamique, art du possible.
AXE IV
Force, renseignement, jihad
Points 9 · 10 · 11
Force de la da'wa, surveillance & médias, cause palestinienne.
Les douze points de départ
Cliquez sur un pavé pour afficher les citations précises du document (traduit de l'arabe), organisées en éléments, procédures et missions suggérées.
01
Méthode
Connaître le terrain
Adopter une méthodologie scientifique ; cartographier doctrines et mouvements islamiques dans le monde ; créer centres d'observation, d'étude et de recherche.
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02
Méthode
Démontrer le sérieux du travail
Clarifier les objectifs de la da'wa ; mobiliser hommes, temps et argent ; s'adosser à des institutions économiques susceptibles de soutenir la cause.
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03
Global/local
Engagement international + flexibilité locale
Lignes directrices mondiales contraignantes ; marge de manœuvre aux directions locales sur ce qui ne contrevient pas à la politique mondiale.
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04
Institutions
Politique + éducation + institutions
Inviter à participer parlements, conseils municipaux, syndicats ; éduquer les générations ; bâtir institutions sociales, économiques, scientifiques, sanitaires.
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05
État
Établir un État islamique
Travail parallèle et progressif de contrôle des centres de pouvoir locaux et mondiaux ; rédiger une constitution islamique et des lois islamiques.
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06
Coopération
Coopérer avec les autres groupes islamiques
« Coopérer sur les points d'accord, mettre de côté les points de désaccord » ; ne pas créer de mouvement concurrent dans un pays qui en compte déjà un.
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07
Alliances
Coopération temporaire avec nationalistes
Terrains communs (anti-colonialisme, prédication, « État juif ») sans alliances ni allégeance ; l'initiative doit rester au mouvement islamique.
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08
Tactique
Maîtriser l'art du possible
Éviter une confrontation disproportionnée qui exposerait la da'wa ; développer méthodes éducatives flexibles, exemplaires et fidèles aux principes.
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09
Force
Force permanente de la da'wa & soutien au jihad
Force de sécurité autonome pour protéger la da'wa et ses disciples ; soutenir les mouvements engagés dans le jihad et les minorités musulmanes.
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10
Renseignement
Surveillance & médias
Systèmes de surveillance diversifiés, centre médiatique « efficace et sérieux » ; avertir les musulmans des « complots » et imposer la perspective islamique.
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11
Palestine
La cause palestinienne, clé de voûte
Préparer la Oumma au jihad pour la libération de la Palestine ; créer des cellules djihadistes ; nourrir la rancœur, refuser toute coexistence.
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12
Méthode
Autocritique et évaluation permanentes
Évaluation scientifique annuelle de la politique islamique mondiale ; produire un document officiel, le diffuser et l'améliorer en continu.
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Lecture CERIF Statut épistémique du document
La production académique stricto sensu sur Le Projet reste mince. L'essentiel du travail documenté s'est fait dans la sphère des think tanks (Hudson, ICSR, GW Program on Extremism, ISGAP, Policy Exchange) et chez quelques chercheurs et journalistes (Besson, Vidino, Johnson, Merley, Bergeaud-Blackler). Du côté de l'académie française et belge établie, la pièce a été ignorée plutôt que réfutée - ce silence constitue en lui-même un objet d'analyse sur l'économie de la connaissance du frérisme. Il faut ajouter, par souci de symétrie, que la contestation est restée elle aussi hors du champ académique : vingt ans après la publication, l'objection la plus citée demeure un billet de blog de décembre 2005 écrit par un non-spécialiste, et aucune réfutation soumise à un comité de lecture n'a été produite.

La position du CERIF est la suivante. Le « Projet » ne démontre pas l'existence d'un complot centralisé, et il serait méthodologiquement fautif de le lire ainsi. Il n'est ni un ordre de mission, ni une preuve judiciaire, ni un programme dont on pourrait suivre l'exécution point par point. Sa valeur est d'un autre ordre : il constitue une trace écrite rare d'une grammaire stratégique - gradualisme, tamkîn, entrisme institutionnel, alliance tactique réversible, articulation de la da'wa et du soutien au jihad, centralité de la cause palestinienne - dont les expressions doctrinales et pratiques ultérieures sont, elles, documentées par d'autres sources indépendantes.

C'est à ce titre, et à ce titre seulement, que le document mérite d'être versé au dossier.
Sources et références