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et d'Information sur le Frérisme
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Synthèse statistique - février 2025

Les musulmans en France :
démographie, religiosité et rapport à la laïcité

Une synthèse des données issues des projections démographiques, des grandes enquêtes représentatives et des sondages d'opinion.

Auteure : Dr Florence Bergeaud-Blackler (CNRS / CERIF) Origine : note de synthèse établie pour le Sénat, 24 février 2025
Introduction

Lire les chiffres avec prudence

Cette synthèse rassemble les principales données disponibles sur la population musulmane de France et sur le rapport des Français à l'islam, à la laïcité et à l'islamisme. Elle s'appuie sur trois familles de sources : les enquêtes et projections démographiques (INSEE, INED, PEW Research Center, CNRS), les grandes enquêtes représentatives sur les affiliations et pratiques religieuses - au premier rang desquelles Trajectoires et Origines (TeO) - et les sondages d'opinion conduits par des instituts reconnus (IFOP, IPSOS, CSA).

En l'absence de recensement religieux - interdit en France - les effectifs ne peuvent être établis qu'à partir d'estimations déclaratives, ce qui impose la prudence. Les données réunies ici dessinent néanmoins plusieurs tendances convergentes : une croissance de la part de la population musulmane et des projections à l'horizon 2050 très sensibles aux hypothèses migratoires ; une religiosité déclarée élevée, plus marquée chez les jeunes générations ; une transmission religieuse et une endogamie fortes ; une progression du port du voile ; et, dans certains segments, une préférence déclarée pour la norme religieuse sur la loi commune.

Ces résultats sont mis en regard des perceptions de la société française dans son ensemble, qui distingue de plus en plus nettement les pratiques jugées modérées de celles perçues comme relevant d'une logique islamiste. La synthèse restitue ces données source par source, sans en modifier la teneur, afin d'en permettre la consultation et la vérification. Les chiffres cités renvoient aux enquêtes mentionnées et n'engagent que celles-ci.

Première partie

Démographie, projections et grandes enquêtes représentatives : INSEE, INED, enquête Trajectoires et Origines, PEW Research Center, CNRS.

Les enquêtes

1 📊 Démographie

Nombre de musulmans en France : des chiffres approximatifs

Le nombre de musulmans en France est difficile à établir précisément, en raison de l'interdiction des recensements religieux dans le pays.

Une étude récente de l'INSEE et de l'INED pour la période 2019-2020 indique que les musulmans représentent environ 10 % des personnes âgées de 18 à 59 ans en France métropolitaine, en excluant les jeunes et les personnes âgées. Ce chiffre de 10 % ne représente qu'une moyenne, qui ne prend en compte ni les arrivées de migrants légaux au cours des cinq dernières années, ni l'immigration illégale - c'est-à-dire ni les clandestins ni les personnes sans papiers. Les disparités territoriales sont par ailleurs très importantes.

Une enquête Kantar menée auprès des jeunes Français de 18 à 30 ans estime à 12 % ceux qui se déclarent musulmans. Le rapport au religieux y semble plus marqué : 85 % des jeunes musulmans déclarent que la religion occupe une place importante dans leur vie personnelle, un chiffre nettement supérieur à celui des jeunes d'autres confessions ou sans religion.

💡 Source Kantar Public pour le LACES (université de Bordeaux) et le GSRL, 2023.

Les projections du PEW Research Center de 2017, antérieures à l'augmentation de l'immigration, indiquent qu'en 2050 cette part pourrait s'élever à 18 %. PEW Research Center ↗

Population musulmane : effectifs 2016 et projections 2050 selon les scénarios migratoires Source : PEW Research Center, « Europe's Growing Muslim Population », 2017. PEW ↗
Pays / Région 2016 (millions) 2016 (% musulmans) 2050 - migration zéro (%) 2050 - migration régulière (%) 2050 - migration régulière + réfugiés (%)
UE28 + SN25,84,97,411,214,0
France5,78,812,717,418,0
Allemagne4,96,19,110,819,7
Royaume-Uni4,16,38,316,717,2
Suède0,88,111,120,530,6
Italie2,94,86,38,39,4

À noter : l'augmentation des réfugiés n'a pas été incluse dans la projection. Selon la FRA, en 2023, les demandes d'asile dans l'Union européenne ont atteint des niveaux comparables à ceux de la crise des réfugiés de 2015-2016, avec plus de 1,1 million de demandes enregistrées. Les Syriens et les Afghans continuent d'être les deux plus grands groupes de demandeurs d'asile.

Repères INSEE (Édition 2023, « La diversité religieuse en France »). Le catholicisme reste la première religion déclarée et l'islam consolide sa deuxième place : 29 % de catholiques, 10 % de musulmans, 9 % d'autres chrétiens. La pratique religieuse varie fortement selon la confession déclarée : chez les musulmans, la fréquentation régulière d'un lieu de culte (20 %) reste très inférieure à la prière hebdomadaire (58 %).
2 🕌 Affiliation et pratiques

Enquêtes INSEE / INED sur de larges échantillons

Dans L'Archipel français, naissance d'une nation multiple et divisée, Jérôme Fourquet illustre cette dynamique par l'évolution de la part des prénoms musulmans. Il souligne le caractère spectaculaire de cette courbe : alors que la population issue de l'immigration arabo-musulmane était quasiment inexistante en métropole jusqu'au milieu du XXe siècle, les enfants portant un prénom les rattachant culturellement et familialement à cette immigration représentaient 18,8 % des naissances en 2016, soit près d'une naissance sur cinq - contre moins de 1 % en 1960.

💡 Référence Christelle Hamel, Bertrand Lhommeau, Ariane Pailhé, Emmanuelle Santelli, Rencontrer son conjoint dans un espace multiculturel et international, 2013 (hal-04209870). En ligne : hal.science/hal-04209870v1

L'enquête Trajectoires et Origines est l'une des rares sources représentatives de la population résidant en France métropolitaine permettant d'étudier les affiliations et pratiques religieuses. Alors que la tendance générale est à la baisse de l'affiliation religieuse, les immigrés sont proportionnellement deux fois plus nombreux à s'affilier à une religion que les personnes sans ascendance migratoire. Chez les 18-49 ans, la part des personnes se déclarant sans religion augmente, passant de 45 % à 53 % en dix ans ; pour les descendants de deux parents immigrés, cette part n'a pas varié. Ces évolutions contrastées témoignent de dynamiques de sécularisation très hétérogènes selon les groupes d'origine et les affiliations religieuses.

En 2019-2020, parmi les personnes âgées de 18 à 59 ans : 29 % se déclarent catholiques, 10 % musulmanes, 10 % affiliées à d'autres religions, et 51 % sans religion.

Les immigrés deux fois plus souvent affiliés à une religion
Les immigrés deux fois plus souvent affiliés à une religion que les personnes sans ascendance migratoire ou ultramarine (81 % contre 42 %). Source : INSEE, « La diversité religieuse en France », édition 2023. INSEE ↗
Le catholicisme reste la première religion déclarée
Le catholicisme reste la première religion déclarée, l'islam consolidant sa deuxième place : 29 % de catholiques, 10 % de musulmans, 9 % d'autres chrétiens. Source : INSEE, « La diversité religieuse en France », édition 2023. INSEE ↗

Une transmission de l'appartenance religieuse élevée

Source INSEE-INED, enquête Trajectoires et Origines (2019-2020). INSEE ↗

Par appartenance religieuse, on entend aussi bien l'identité que l'affiliation.

  • 91 % des personnes élevées dans une famille musulmane suivent la religion de leurs parents. Ce taux est de 84 % chez les juifs, et plus faible chez les catholiques (67 %) et les autres chrétiens (69 %).
  • 76 % des musulmans affirment que la religion a beaucoup ou assez d'importance pour eux, contre 27 % des catholiques.
  • Concernant le jeûne : les pratiquants stricts, auxquels s'ajoutent 15 % qui le respectent « plus ou moins », représentent au total 90 % de pratique.
Transmission religieuse plus forte dans les familles musulmanes et juives
Une transmission religieuse plus forte dans les familles musulmanes et juives : 91 % des personnes élevées par des parents musulmans se considèrent musulmanes (catholiques 67 %, autres chrétiens 69 %, juifs 84 %). Source : INSEE, « La diversité religieuse en France », édition 2023. INSEE ↗

Pratiques religieuses

Source INSEE-INED, enquête Trajectoires et Origines. INSEE ↗

L'investissement religieux n'est pas nécessairement reflété par les pratiques, lesquelles sont d'ailleurs peu comparables d'une religion à l'autre. Chez les musulmans, la fréquentation des lieux de culte ne reflète pas l'importance accordée à la religion : seuls 34 % des musulmans qui estiment que la religion est très importante fréquentent régulièrement des lieux de culte. 30 % des hommes musulmans et 10 % des femmes fréquentent régulièrement la mosquée, alors que les femmes déclarent un peu plus souvent (78 %) que les hommes (73 %) que la religion est importante dans leur vie.

La prière peut se faire en dehors des lieux de culte. Seuls 21 % des musulmans ne prient jamais, contre 44 % des catholiques.

La pratique religieuse varie selon la religion déclarée
La pratique religieuse varie selon la religion déclarée (fréquentation régulière d'un lieu de culte et prière hebdomadaire). Source : INSEE, « La diversité religieuse en France », édition 2023. INSEE ↗

Le port du voile en augmentation

Source INSEE-INED, Trajectoires et Origines ; testing : Observatoire Ondes (2024). INSEE ↗

Les chiffres suivants proviennent de l'enquête Trajectoires et Origines, réalisée principalement en face-à-face via le système CAPI (Computer-Assisted Personal Interviewing). La passation a parfois été réalisée par téléphone lorsque les confinements ou les contraintes géographiques empêchaient le face-à-face. Les résultats proviennent d'auto-déclarations dans un questionnaire long, anonymisé a posteriori. Les enquêteurs connaissant les noms, adresses et état civil des personnes interrogées, un effet de sous-estimation de la pratique est possible.

Par rapport à la période 2008-2009, le port du voile a augmenté de manière générale, indépendamment de l'origine ou de la génération. C'est une pratique significative et en progression parmi les femmes musulmanes en France, avec des variations notables selon l'âge, le statut matrimonial, l'origine et la situation professionnelle.

  • Pratique plus observée chez les femmes immigrées (primo-migrantes) de plus de 35 ans : 30 % des 18-24 ans portent le voile, et jusqu'à 42 % des 35-44 ans.
  • Chez les femmes musulmanes en couple, la pratique est encore plus fréquente : 42 % des immigrées d'origine maghrébine, contre 24 % de celles vivant seules.
  • Chez les descendantes d'immigrés, le taux le plus élevé concerne les 25-34 ans (20 %), contre 17 % pour les 35-44 ans.
  • Selon la catégorie socioprofessionnelle : 13 % des cadres et professions intermédiaires portent le voile, contre 38 % des ouvrières.

L'entrée sur le marché du travail semble dissuader cette pratique. D'après un testing de l'Observatoire national des discriminations et de l'égalité dans l'enseignement supérieur (Ondes), mené du 21 mars au 1er avril 2024, le port du voile réduit de plus de 80 % les chances d'obtenir un entretien après une candidature spontanée pour un contrat d'apprentissage en entreprise. Cela peut expliquer que la pratique soit particulièrement répandue parmi les femmes musulmanes inactives : 56 % des immigrées et 39 % des descendantes d'immigrés inactives.

3 💍 Unions et endogamie

Une assimilation contrariée : des unions mixtes faibles

Les unions mixtes sont a priori un indicateur d'assimilation : plus elles sont élevées, plus la population est supposée se mêler à la population locale. Cela est vrai sur le plan culturel, mais pas nécessairement sur le plan religieux. Les populations musulmanes sont peu ouvertes à l'exogamie culturelle. L'interdit religieux d'exogamie peut expliquer une variation entre femmes et hommes chez les maghrébins.

Unions mixtes selon l'origine Source : Collet, B. & Santelli, E. (2012), exploitation de l'enquête Trajectoires et Origines (13 055 individus). DOI : 10.7202/1013416ar
AspectMaghrébinsTurcsEuropéens (Espagne, Italie)
Fréquence des unions mixtes (hommes)ModéréeTrès faibleÉlevée
Fréquence des unions mixtes (femmes)FaibleTrès faibleÉlevée
Modes de rencontreRéseaux familiaux, travail, amisPrincipalement familialÉtudes, travail, espaces publics
Poids des normes culturelles et religieusesTrès fort (notamment pour les femmes)Très fortFaible

La religion des parents et l'importance accordée à celle-ci dans l'éducation ont un impact significatif. La probabilité de vivre avec une personne de la population majoritaire est beaucoup plus faible pour les personnes ayant un père non-chrétien. Les différences de confession constituent un frein fort à la constitution des unions, qui se vérifie pour les hommes comme pour les femmes, et davantage pour ces dernières.

Les descendants d'immigrés d'origine maghrébine, sahélienne et turque sont moins enclins à former des couples mixtes et privilégient les unions au sein de leur communauté d'origine. Seuls 24 % des descendants d'immigrés maghrébins forment des couples mixtes avec un membre de la population majoritaire, contre 53 % pour les descendants d'Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal). Les hommes ont 1,8 fois plus de chances que les femmes de former un couple mixte. Ce déséquilibre s'explique par une pression culturelle et religieuse plus forte exercée sur les femmes, particulièrement dans les familles musulmanes : les hommes musulmans peuvent épouser des non-musulmanes, tandis que cela est proscrit pour les femmes.

💡 Référence Tribalat, M. (2012, 30 novembre), « Mariages mixtes : des fantasmes aux chiffres », Causeur.

Les mariages se font généralement au sein d'une même religion, et les musulmans suivent particulièrement cette tendance. Leur endogamie est plus marquée que celle des catholiques : environ 90 % des musulmans enfants d'immigrés - qu'ils soient nés en France ou arrivés enfants - choisissent un premier conjoint de même confession, sans distinction entre hommes et femmes, contre 80 % en moyenne chez les catholiques. Contrairement à ce que suggère la théorie de l'assimilation, une exposition prolongée à la société française ne favorise pas les mariages mixtes : les musulmans arrivés adultes pratiquent même légèrement moins l'endogamie que les enfants d'immigrés nés ou élevés partiellement en France.

La sécularisation favorise l'exogamie, mais elle a diminué entre 1992 et 2008 : parmi les 20-29 ans, la proportion de personnes se déclarant sans religion est passée de 30 % à seulement 14 %. La transmission de la religion musulmane a par ailleurs beaucoup évolué : dans les familles avec au moins un parent musulman, 43 % des enfants nés entre 1958 et 1964 ont adopté l'islam, un taux qui a doublé pour les enfants nés entre 1985 et 1989. Cette hausse suggère que les mariages entre musulmans et non-musulmans diminueront probablement dans les années à venir.

💡 Référence Tribalat, M. (2022), « La notion de grand remplacement à l'épreuve de son évaluation numérique », Cités, N° 89(1), 197-205 (DOI : 10.3917/cite.089.0197). La religion, notamment l'islam, est un facteur central des débats autour de la théorie du « grand remplacement », où elle est utilisée comme un marqueur identitaire, souvent de manière simplifiée ; l'auteure insiste sur la nécessité de replacer ces craintes dans une analyse nuancée des données réelles.
Seconde partie

Opinions, attitudes et perceptions, mesurées par les instituts de sondage : IFOP, IPSOS, CSA.

Les sondages

4 🗳️ Sondages d'opinion

Résultats de sondages d'opinion

Cette partie distingue deux registres qu'il importe de ne pas confondre : d'un côté ce que déclarent les musulmans eux-mêmes sur leur religiosité, leurs pratiques et leurs opinions (bloc A) ; de l'autre, le regard que porte la société française sur l'islam et l'islamisme, ainsi que l'expérience qu'en fait l'institution scolaire (bloc B). Les sondages mobilisés assurent l'anonymisation des données et sont conduits par des instituts reconnus.

A Ce que déclarent les musulmansReligiosité, pratiques, rapport à la norme et aux libertés

Sondages auprès de lycéens se déclarant musulmans

⚖️ La charia, la norme religieuse et les lois de la République

  • 57 % des jeunes musulmans (15-24 ans) considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République, soit une augmentation de 10 points par rapport à 2016 ; 38 % de l'ensemble des musulmans partagent cette opinion. (Ifop pour le CLR, 5 novembre 2020.) PDF ↗
  • 65 % des lycéens musulmans placent les normes et règles édictées par leur religion au-dessus des lois de la République. (Ifop pour la Licra, 9 décembre 2021.) PDF ↗

🧕 Port de vêtements religieux (lycéens et général)

Source Ifop pour la Licra, décembre 2021. PDF ↗

  • 57 % des lycéens approuvent le port de signes religieux par les parents accompagnateurs de sorties scolaires (contre 26 % de l'ensemble des Français) ; l'adhésion atteint 90 % chez les lycéens musulmans, contre 52 % chez les catholiques et 49 % chez les non-croyants.
  • 38 % des lycéens approuvent une loi autorisant le burkini dans les piscines (contre 24 % des Français) : 76 % chez les musulmans, 30 % chez les catholiques, 31 % chez les sans-religion.
  • 37 % sont favorables à des horaires réservés aux femmes dans les piscines (contre 23 % des Français) : 80 % chez les musulmans, 30 % chez les catholiques, 26 % chez les sans-religion.

La perception de la laïcité

Source Ifop pour la Licra, 2021. PDF ↗

81 % des lycéens musulmans perçoivent les lois de la laïcité comme discriminatoires envers leur religion, contre seulement 16 % des catholiques.

Liberté d'expression

Source Ifop pour la Licra et Le Droit de Vivre, 2021. PDF ↗

  • À la question du droit de critiquer, même de manière outrageante, une croyance, un symbole ou un dogme religieux, 52 % des répondants déclarent ne pas y être favorables ; ce taux monte à 78 % chez les musulmans.
  • Sur les caricatures : 49 % des lycéens estiment leur publication justifiée par la liberté d'expression (contre 59 % des Français, août 2020) ; seuls 15 % des lycéens musulmans la jugent justifiée, et 61 % la considèrent comme une provocation inutile (contre 22 % des lycéens catholiques).
  • En 2016, 93 % des jeunes condamnaient totalement les auteurs des attentats ; en 2021, ils sont 84 % (- 9 points). La part de jeunes partageant certaines motivations des auteurs a doublé (3 % en 2016, 6 % en 2021).

Samuel Paty

Source Ifop pour la LICRA et Le Droit de Vivre, « Les lycéens sont-ils Paty ? », mars 2021. PDF ↗

48 % des lycéens musulmans estiment que Samuel Paty a eu tort de montrer les caricatures, un taux largement supérieur à celui des autres groupes (11 % des lycéens catholiques, 10 % des sans-religion). La forte proportion de lycéens ne souhaitant pas répondre (22 %, et 26 % chez les musulmans) traduit un malaise sur ce sujet sensible.

Jeunes musulmans scolarisés (2023)

Sur l'assassinat de Dominique Bernard : 62 % condamnent totalement l'auteur, 31 % n'expriment pas de condamnation totale, 23 % condamnent mais partagent certaines des motivations de l'auteur, 8 % ne le condamnent pas et 6 % déclarent que cela les laisse indifférents.

💡 Source Étude Ifop pour Imaniya.TV, réalisée du 21 au 29 novembre 2023 par questionnaire auto-administré en ligne auprès d'un échantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population de religion musulmane vivant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus. Rapport Ifop (PDF) ↗

🕌 Religiosité

Source Ifop pour Imaniya.TV, 21-29 novembre 2023. PDF ↗

Les musulmans français montrent une religiosité plus élevée que la population générale, et plus forte encore chez les jeunes. 66 % se déclarent croyants et religieux (contre une moyenne nationale de 12 %) et 26 % sont croyants sans pratiquer activement. La part de personnes se déclarant religieuses atteint 72 % chez les moins de 25 ans et 75 % chez les 25-34 ans, puis décroît avec l'âge (60 % chez les 35-49 ans, 58 % chez les 50 ans et plus).

La religion dans la vie quotidienne

Source Ifop pour Imaniya.TV, novembre 2023. PDF ↗

Importance déclarée de la religion selon le domaine Comparaison musulmans / adeptes d'autres religions. Source : Ifop pour Imaniya.TV, novembre 2023. Ifop (PDF) ↗
DomaineMusulmansAutres religions
Choix alimentaires85 % (56 % « très »)36 %
Vie intime et personnelle79 %31 %
Façon de s'habiller63 % (29 % « très »)18 %
Activités culturelles59 %26 %
Choix politiques51 % (25 % « très »)25 %
Choix des amis47 %22 %

Suprémacisme religieux et rapport à la science

Source Ifop pour le Comité Laïcité République, 5 novembre 2020. PDF ↗

  • 75 % des musulmans pensent qu'il y a une seule vraie religion, contre 46 % des adeptes d'autres religions.
  • 76 % estiment que la religion a raison lorsqu'elle s'oppose à la science sur la création du monde, contre 22 % des adeptes d'autres religions.
  • 50 % soutiennent que les élèves puissent ne pas assister à des cours dont le contenu heurterait leurs convictions religieuses, contre 15 % des adeptes d'autres religions.

🧕 Laïcité, vêtements religieux, halal

Source Ifop pour le Comité Laïcité République, 5 novembre 2020. PDF ↗

  • 75 % soutiennent d'autoriser les athlètes à porter des couvre-chefs religieux (voile, kippa…) lors des Jeux Olympiques, contre 20 % des autres religions.
  • 47 % soutiennent d'autoriser dans la rue le port de vêtements dissimulant le visage (ex. burqa), contre 13 % des autres religions.
  • 73 % sont favorables au port de vêtements traditionnels larges (abaya, qamis) dans l'enceinte de leur établissement.
  • 65 % sont favorables au port de couvre-chefs religieux (voile, kippa…), contre 17 % des autres religions.
  • 54 % soutiennent de permettre aux jeunes de ne pas assister aux cours de natation, contre 14 % des autres religions.
  • 83 % soutiennent des repas confessionnels dans les cantines scolaires, contre 41 % des autres religions.

Tolérance envers les signes religieux selon le contexte

Source Ifop pour le Comité Laïcité République, 5 novembre 2020. PDF ↗

Les musulmans sont près de trois fois plus favorables que les personnes sans religion, et plus de quatre fois plus favorables que les catholiques, au port de signes religieux.

Soutien au port de signes religieux selon le contexte (%)
ContexteMusulmansSans religionCatholiques
Sorties scolaires752718
Universités702318
Secteur privé69~2219
Agents des services publics631815

Liberté d'expression (procès des attentats de janvier 2015)

Source Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et Charlie Hebdo, 2020. Ifop ↗

  • 40 % des Français musulmans placent leurs convictions religieuses au-dessus des valeurs républicaines (17 % chez les Français religieux).
  • 61 % considèrent l'islam comme la seule vraie religion (+ 6 points depuis 2016).
  • 29 % perçoivent leur religion comme incompatible avec les valeurs de la République.
  • Caricatures : 59 % des Français considèrent leur publication justifiée au nom de la liberté d'expression ; 69 % des musulmans y voient une provocation inutile.
  • 73 % des musulmans comprennent l'indignation provoquée par les caricatures, contre 29 % des Français.
  • Attentats : 88 % des Français condamnent sans réserve les auteurs ; 72 % des musulmans les condamnent et 10 % déclarent comprendre certaines de leurs motivations.

Le procès intenté par la MDP et l'UOIF en 2006 contre Charlie Hebdo était jugé justifié par 66 % des musulmans interrogés. Chez les jeunes, 72 % condamnent totalement les attentats, contre 62 % chez les jeunes musulmans ; chez les 15-17 ans, la condamnation totale est passée de 93 % à 61 % entre 2016 et 2020. Participation aux manifestations : minute de silence (80 % des Français, 59 % des musulmans), marches « Je suis Charlie » (53 % contre 39 %) ; 14 % des Français comprendraient ou justifieraient des provocations lors des cérémonies, contre 25 % des musulmans.

💡 Source Ifop (2020), Droit au blasphème, caricatures, liberté d'expression… Les Français sont-ils encore « Charlie » ?, pour la Fondation Jean Jaurès et Charlie Hebdo. Ifop ↗ Sur Dominique Bernard, auprès des adultes (Ifop 2023, Almanyia TV) : 78 % condamnent totalement l'auteur, 16 % sans condamnation totale, 11 % le condamnent mais partagent certaines motivations, 5 % ne le condamnent pas, 6 % indifférents.

Conflit Israël - Hamas et charia (janvier 2024)

Source Ifop pour le Journal du Dimanche, 29 janvier 2024. PDF ↗

  • Les Français musulmans expriment une forte sympathie pour l'Autorité palestinienne (53 %), un soutien modéré au Hamas (19 %) et une faible sympathie pour Israël (11 %) ; le grand public non-musulman montre une préférence pour Israël (28 %) et peu de sympathie pour l'Autorité palestinienne (10 %) ou le Hamas (3 %).
  • 29 % des musulmans qualifient les actes du Hamas de terroristes, contre 54 % des non-musulmans ; 45 % les considèrent comme des actions de résistance, contre 10 % des non-musulmans.
  • 72 % des musulmans jugent le terme « génocide » approprié pour désigner les opérations de l'armée israélienne à Gaza.
  • 45 % des répondants musulmans - et 62 % des 18-24 ans - expriment le souhait de voir disparaître l'État d'Israël à moyen ou long terme.
  • 35 % des 18-24 ans et 24 % des 25-34 ans sont d'accord avec l'idée que la charia soit appliquée, complètement ou partiellement, en France.
Ce que montre le bloc A Une religiosité déclarée nettement supérieure à la moyenne nationale et plus marquée chez les jeunes ; et, dans des proportions qui varient selon les enquêtes et les âges, une adhésion à la primauté de la norme religieuse sur la loi commune et à une forte visibilité religieuse dans l'espace public.
B Le regard de la société françaisePerceptions, seuils de tolérance, expérience de l'école et demande de mesures

Sondage auprès des enseignants sur la laïcité à l'école

Source Ifop pour la revue Écran de Veille, 2022. Ifop ↗

En 2022, un sondage IFOP montrait que 56 % des enseignants du public s'étaient autocensurés dans leur enseignement, une progression préoccupante (49 % en 2020, 36 % en 2018).

Enseignements les plus contestés au nom de la religion Source : Ifop (2022), pour la revue Écran de Veille. Ifop ↗
RangMatière / domainePartPrécisions
1Éducation sexuelle et égalité F/G32 %Genre et égalité - 2022-23 : 6 % ; 2021-22 : 9 % ; avant : 17 %
2Mixité31 %Objections sur les activités mixtes
3Laïcité31 %Principes républicains - 2022-23 : 5 % ; 2021-22 : 9 % ; avant : 17 %
4EMC31 %Droits fondamentaux
5Histoire-géographie30 %Génocides, religions
6Autorité enseignante29 %·
7SVT28 %Évolution, reproduction
8EPS28 %Mixité, tenues
9Lettres / philo et arts19 %·
10Enseignements techniques14 %·

Un nombre important d'enseignants sont confrontés à des réclamations faites au nom de la religion : prière dans l'enceinte de l'établissement (constatée par 23 %), refus d'entrer dans des lieux à caractère religieux lors de sorties (30 %), absences de jeunes filles aux cours d'EPS (46 %), demandes de menus confessionnels (45 %), élèves encourageant d'autres à porter des vêtements religieux (30 %).

Contre toute attente, les enseignants les plus jeunes ne demandent pas un renforcement des mesures, mais plutôt un assouplissement des règles de la laïcité : autorisation de repas confessionnels (40 % ; 62 % chez les moins de 30 ans), signes religieux pour les accompagnateurs (26 % ; 51 % chez les moins de 30 ans), vêtements traditionnels (20 % ; 41 % chez les jeunes et 72 % chez les enseignants de confession musulmane), couvre-chefs religieux pour les élèves (14 % ; 32 % chez les moins de 30 ans), signes religieux pour les enseignants (12 % ; 18 % chez les moins de 30 ans).

Le rapport des Français à l'islam, à la laïcité et à la menace islamiste

📊 « Le crash test républicain »

Source IFOP pour Agir Ensemble, mars 2025. Ifop (PDF) ↗

La cohésion nationale à l'épreuve des divisions et de l'islamisme. Le tableau mesure si certaines pratiques sont perçues comme une approche modérée de l'islam ou comme une manifestation de l'idéologie islamiste.

Perception de pratiques associées à l'islam (%) Source : Sondage IFOP pour Agir Ensemble, mars 2025. Ifop (PDF) ↗
Pratique ou comportementApproche modéréeManifestation islamisteTotal
La prière cinq fois par jour5743100
L'interdiction de consommer de l'alcool5545100
L'imposition du jeûne aux enfants pendant le Ramadan3169100
Le port du voile pour les femmes dans les espaces publics2872100
Le refus de serrer la main d'une personne de sexe opposé1783100
La condamnation de la musique, de la danse ou d'autres formes d'art1684100
Placer la loi coranique au-dessus des lois de la République1684100
Faire porter le voile à des filles de moins de 10 ans1585100

👉 Lecture. Les deux premières pratiques (prière cinq fois par jour, interdiction de l'alcool) sont majoritairement perçues comme compatibles avec un islam modéré, relevant d'un cadre spirituel personnel. La perception bascule dès que la pratique implique des tiers, une pression sociale ou une visibilité accrue : le voile est, pour la très grande majorité des Français, un marqueur islamiste. Enfin, certaines pratiques sont presque unanimement perçues comme islamistes (refus de serrer la main, condamnation de la musique, primauté de la loi coranique, voile sur des filles de moins de 10 ans), parce qu'elles touchent à des valeurs fondamentales de la République : égalité des sexes, liberté artistique, laïcité, primauté du droit.

Sur l'interdiction du voile

Source CSA pour Europe 1, CNews et Le Journal du Dimanche. europe1.fr ↗

Selon un sondage CSA pour Europe 1, CNews et Le Journal du Dimanche, 69 % des Français se déclarent favorables à l'interdiction du port du voile dans l'espace public. L'opinion varie selon l'âge : 66 % des 18-24 ans, 47 % des 25-34 ans, 78 % des 50-64 ans, 75 % des 65 ans et plus. Elle varie aussi selon l'appartenance politique : 83 % des sympathisants des Républicains, 90 % des électeurs du Rassemblement National, 74 % des partisans du camp présidentiel, 42 % de La France Insoumise, 61 % du Parti Socialiste, 58 % des écologistes.

⚠️ La menace islamiste

Source Ifop pour ELNET France, mars 2022. Ifop (PDF) ↗

La perception de la menace, accrue par les attentats majeurs, a diminué après 2018, probablement en raison de l'efficacité des mesures antiterroristes et des victoires contre Daech ; l'influence des médias y reste déterminante.

  • 77 % des Français considèrent l'islamisme comme un danger pour la République - une perception très élevée chez les plus de 65 ans (90 %) et nettement plus faible chez les 18-24 ans (53 %). Une courte majorité estime que le personnel politique (52 %) et le gouvernement (51 %) sous-estiment le problème.
  • 79 % pensent que les musulmans sont majoritairement des pratiquants paisibles - vision particulièrement partagée par La France Insoumise et La République en Marche (90 % chacune), et la plus basse à Reconquête (56 %) et au Rassemblement National (57 %).
  • 66 % estiment que le gouvernement ne soutient pas suffisamment les personnes de confession ou de culture musulmane luttant contre l'islamisme.
Évaluation de la menace terroriste en France depuis octobre 2001
L'évaluation de la menace terroriste en France - évolution depuis octobre 2001 (part jugeant la menace « élevée » en rouge, « faible » en bleu). Source : IFOP pour ELNET France, mars 2022. Ifop (PDF) ↗

Une autre étude (Ifop pour Écran de Veille et Global Watch Analysis, 22-28 février 2022) indique que la lutte contre l'islamisme constitue un enjeu électoral majeur pour 75 % des Français (déterminant pour 35 %, important mais non prioritaire pour 40 %). 69 % des Français sont favorables à l'interdiction des organisations islamistes, contre 33 % des musulmans ; la dissolution des associations ne respectant pas les valeurs républicaines est soutenue par 61 % des Français, contre 23 % des musulmans.

Ce que montre le bloc B La société française distingue de mieux en mieux un islam jugé modéré d'une visibilité ou d'une contrainte religieuses lues comme islamistes ; elle perçoit majoritairement l'islamisme comme un danger et soutient des mesures restrictives - tout en estimant que les musulmans sont, dans leur majorité, des pratiquants paisibles. L'école apparaît comme le principal lieu d'exposition concrète à ces tensions.
5 🏢 Religion en entreprise

Le fait religieux en entreprise

Une enquête Toluna Harris Interactive de février 2025 documente la place du fait religieux dans les entreprises privées et le secteur public, ainsi que son évolution depuis 2021.

Source Toluna Harris Interactive, « Le fait religieux en entreprise », février 2025. Harris (PDF) ↗

💡 Méthodologie Enquête en ligne du 11 au 14 février 2025, auprès de 1 155 salariés français âgés de 18 à 65 ans travaillant dans des entreprises privées de 100 salariés et plus ou dans le secteur public, issus d'un échantillon de 2 513 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 65 ans. Harris (PDF) ↗

Nature des faits religieux observés

  • Les faits religieux les plus fréquemment observés sont le port de signes ostentatoires (30 %), les demandes alimentaires liées à la pratique religieuse (28 %) et les demandes de congés liés à une fête religieuse (26 %).

L'acceptabilité des formes d'expression religieuse

  • 50 % des salariés se déclarent favorables à au moins un type d'aménagement lié à la pratique religieuse, en hausse par rapport à 2021 (42 %).
  • Les comportements jugés les plus acceptables : le jeûne pendant les heures de travail (76 %), la proposition systématique d'un plat végétarien au restaurant d'entreprise (72 %) et la prise d'un jour de congé pour raisons religieuses (71 %).
  • Les comportements les moins acceptés concernent le refus d'interaction avec certaines personnes en fonction du sexe ou de la religion.
Acceptabilité des comportements religieux en entreprise
Acceptabilité des comportements religieux en entreprise (part jugeant le comportement « acceptable », et rappel 2021). Source : Toluna Harris Interactive, février 2025. Harris (PDF) ↗

Un clivage intergénérationnel marqué se dégage : les plus jeunes salariés (18-24 ans) sont majoritairement favorables aux différents aménagements, tandis que les plus âgés y sont nettement opposés. Sur les refus d'interaction, les jeunes se montrent les plus tolérants : les 18-24 ans ont une conception plus intégraliste du religieux et admettent davantage qu'il régule les comportements sociaux.

Acceptation des refus d'interaction selon l'âge
Acceptation des refus d'interaction selon l'âge (du plus clair au plus foncé : 18-24, 25-34, 35-49, 50-65 ans ; écart de points entre tranches). Source : Toluna Harris Interactive, février 2025. Harris (PDF) ↗

Évolution du fait religieux en entreprise

  • 37 % des salariés déclarent avoir déjà été confrontés à des faits religieux sur leur lieu de travail (35 % en 2021).
  • Proportion plus élevée chez les CSP+ (41 %), les représentants du personnel (68 %) et en région parisienne (47 %).
  • Forte corrélation avec l'âge : 67 % des 18-24 ans y ont été confrontés, contre 22 % des 50-65 ans.
  • 22 % estiment qu'il y a davantage de faits religieux qu'il y a cinq ans, tandis que 67 % n'observent ni plus ni moins.

Points notables

  1. Le clivage générationnel est très marqué : les jeunes salariés sont beaucoup plus favorables aux aménagements liés à la pratique religieuse que leurs aînés, et plus susceptibles d'avoir été exposés à des faits religieux au travail.
  2. On observe une légère tendance à l'augmentation de l'acceptabilité des formes d'expression religieuse au travail entre 2021 et 2025.
  3. La majorité des situations liées à des faits religieux semblent bien gérées par les entreprises, selon les salariés concernés.
  4. Les événements géopolitiques (conflit au Proche-Orient) ont un impact sur les relations professionnelles, particulièrement chez les jeunes travailleurs.
  5. Une différence notable apparaît entre la région parisienne et la province concernant l'exposition aux faits religieux au travail.
En synthèse Cette analyse met en évidence une évolution des attitudes envers l'expression religieuse en entreprise, avec une tendance vers une plus grande acceptation, particulièrement parmi les jeunes générations, tout en soulignant que certaines pratiques restent largement considérées comme inacceptables, notamment celles qui impliquent des refus d'interaction fondés sur le genre ou la religion.
Conclusion

Des tendances convergentes, sous réserve de méthode

Les données réunies dans cette synthèse convergent vers plusieurs constats. Sur le plan démographique, la part de la population musulmane progresse et pourrait, selon les projections du PEW Research Center, atteindre 18 % de la population française en 2050 dans l'hypothèse d'une immigration soutenue, contre environ 8,8 % en 2016. Sur le plan de la religiosité, les enquêtes font état d'une importance accordée à la religion nettement supérieure à la moyenne nationale, particulièrement chez les moins de 35 ans, ainsi que d'une transmission familiale et d'une endogamie élevées, qui rendent peu probable une hausse rapide des unions mixtes.

Les sondages d'opinion documentent, dans certains segments - et de manière plus prononcée chez les jeunes - une préférence déclarée pour la norme religieuse sur les lois de la République, une progression du port du voile et une adhésion plus forte à la visibilité religieuse dans l'espace public que dans le reste de la population. En miroir, la société française dans son ensemble perçoit un nombre croissant de pratiques comme relevant d'une logique islamiste plutôt que d'un islam modéré, et se montre majoritairement favorable à des mesures restrictives en la matière.

Ces résultats appellent deux réserves de méthode rappelées tout au long du document : l'impossibilité d'un dénombrement précis en l'absence de recensement religieux, et le caractère déclaratif des données, susceptible d'effets de sous-estimation comme de surestimation selon les protocoles. Ils n'en dessinent pas moins un faisceau de tendances cohérentes, comparables à celles observées dans d'autres pays européens, qui justifient un suivi statistique régulier.

Sources

Sources et références

IFOP

IPSOS

  • Ipsos (2017), L'Islam et la société française, pour Nilaya Productions.
  • Ipsos (1989), Les musulmans et leurs pratiques (2-15 novembre 1989).
  • Autres enquêtes Ipsos citées : Les musulmans de France (mars 1995) ; Les musulmans en France (juin 1997) ; Les musulmans et leurs pratiques (septembre 1988) ; L'opinion des Français musulmans (février 2003).

Autres sources

Dr Florence Bergeaud-Blackler
Anthropologue, chargée de recherche au CNRS (HDR)
Présidente-fondatrice du CERIF - Centre Européen de Recherche et d'Information sur le Frérisme
cerif.eu